Compromis de vente : définition, délais, coûts et pièges à éviter
Le compromis de vente engage vendeur et acheteur avant la signature définitive. Clauses, dépôt de garantie, crédit, délais et vérifications : les règles concrètes à connaître.
L'essentiel en 5 points
- Le compromis de vente fixe l’accord sur le bien et le prix, sous réserve des conditions prévues.
- L’acheteur non professionnel dispose en principe de dix jours calendaires pour se rétracter sans justification.
- Le dépôt de garantie, généralement compris entre 5 % et 10 % du prix, n’est pas obligatoire légalement.
- Une condition suspensive de prêt protège l’acheteur qui finance réellement son acquisition par crédit.
- La signature définitive intervient souvent deux à trois mois après le compromis, une fois les vérifications notariales réalisées.
Le compromis de vente est le document qui fait basculer un projet immobilier de la négociation à l’engagement. Une fois signé, il ne s’agit plus d’une simple réservation : vendeur et acheteur se sont accordés sur un bien, un prix et des modalités précises pour parvenir à la vente définitive.
C’est aussi le moment où se concentrent les erreurs coûteuses : superficie ou annexes mal décrites, financement insuffisamment encadré, travaux de copropriété ignorés, condition de prêt imprécise ou dépôt de garantie versé trop vite. Comprendre ce que vous signez permet de décider si le dossier est prêt, quelles clauses négocier et quand demander l’appui d’un notaire.
01 Le compromis de vente : un avant-contrat qui engage les deux parties
Aussi appelé promesse synallagmatique de vente, le compromis constate l’engagement réciproque du vendeur à céder le logement et de l’acheteur à l’acquérir. L’article 1589 du Code civil pose le principe : une promesse de vente vaut vente dès lors qu’il y a accord des parties sur la chose et sur le prix. En pratique, le transfert de propriété et le paiement intégral sont reportés à l’acte authentique chez le notaire, notamment parce que des contrôles et des conditions doivent encore être levés.
Ce que le compromis doit identifier sans ambiguïté
Le document doit désigner exactement les parties, le logement et le prix. Pour une maison, cela comprend notamment l’adresse, la référence cadastrale, le terrain, les servitudes connues et les équipements inclus. Pour un lot de copropriété, il faut identifier le ou les lots, leur quote-part de charges, la superficie privative dite loi Carrez lorsqu’elle est requise, ainsi que les documents relatifs à l’immeuble. Le prix, les honoraires d’agence et la personne qui les supporte doivent être clairement distingués.
Compromis de vente ou promesse unilatérale : ce qui change réellement
ACompromis de vente
- Vendeur et acheteur s’engagent réciproquement à vendre et à acheter.
- Il vaut en principe vente si le bien et le prix sont déterminés, sous conditions suspensives.
- Le vendeur ne dispose pas d’un droit légal de rétractation comparable à celui de l’acheteur particulier.
- C’est la formule la plus utilisée pour une vente immobilière classique.
BPromesse unilatérale de vente
- Le vendeur réserve le bien à un bénéficiaire qui reste libre de lever ou non l’option.
- Le bénéficiaire verse souvent une indemnité d’immobilisation, fréquemment autour de 5 % à 10 %.
- La durée d’option est fixée dans le contrat : elle est souvent de quelques semaines à quelques mois.
- Une promesse signée entre particuliers doit respecter des formalités fiscales spécifiques, dont l’enregistrement dans certains cas.
02 Les clauses à vérifier avant de signer
Un bon compromis ne se limite pas à recopier le prix convenu. Il organise ce qui doit se produire avant l’acte définitif et répartit les risques. Les clauses doivent être adaptées au bien et au montage de l’achat : logement ancien ou neuf, maison avec assainissement individuel, copropriété, terrain, achat avec revente d’un autre logement, succession ou indivision.
| Élément | Ce qui doit figurer | Pourquoi c’est décisif |
|---|---|---|
| Désignation du bien | Adresse, lots, cadastre, superficie, annexes, servitudes | Évite d’acheter un bien ou une dépendance mal identifiés |
| Prix et honoraires | Prix net vendeur, honoraires, partie qui les paie | Détermine le montant financé et les frais d’acquisition |
| Condition de prêt | Montant, durée, taux maximal, nombre de banques à solliciter | Protège l’acheteur si le crédit conforme est refusé |
| Dépôt de garantie | Montant, séquestre, cas de restitution ou de conservation | Encadre une somme souvent comprise entre 5 % et 10 % |
| Conditions spécifiques | Préemption, permis, vente d’un autre bien, travaux, servitude | Évite qu’un projet essentiel reste une promesse orale |
| Diagnostics et copropriété | Dossier de diagnostics et documents obligatoires annexés | Informe sur l’état du bien et les charges ou travaux prévisibles |
Les mentions exactes dépendent du type de bien et de la situation des parties. Une clause utile doit prévoir un délai et les conséquences de sa non-réalisation.
La condition suspensive de prêt : la protection centrale de l’acheteur financé
Si vous achetez avec un crédit immobilier, le compromis prévoit normalement une condition suspensive d’obtention de prêt. Elle signifie que la vente ne se réalise pas si vous n’obtenez pas un ou plusieurs prêts répondant aux caractéristiques stipulées. Le contrat doit donc être réaliste : par exemple, un prêt de 240 000 €, sur 25 ans, à un taux nominal maximal défini, avec ou sans prêt à taux zéro selon le projet. Inscrire un montant sous-évalué ou un taux plafond irréaliste fragilise la protection.
L’acheteur doit agir de bonne foi : déposer ses demandes dans les délais, auprès du nombre d’établissements prévu, et fournir un dossier cohérent. Un refus de prêt obtenu parce que la demande ne correspondait pas aux critères du compromis peut être contesté. À l’inverse, si le financement n’est pas envisagé, l’acheteur peut renoncer à cette condition en l’indiquant expressément ; il assume alors le risque de ne pas pouvoir financer le prix.
Diagnostics, audit énergétique et informations de copropriété
Le vendeur remet un dossier de diagnostic technique adapté au logement : diagnostic de performance énergétique (DPE), état des risques, plomb pour les immeubles construits avant 1949, amiante selon l’année de construction, gaz ou électricité lorsque les installations ont plus de 15 ans, termites dans les zones concernées, assainissement non collectif, et information sur le bruit des aérodromes si le bien est situé dans un plan d’exposition au bruit. Ces documents ne dispensent pas l’acheteur de visiter attentivement le bien.
Pour les maisons individuelles ou immeubles en monopropriété classés D, E, F ou G au DPE, un audit énergétique réglementaire doit accompagner la vente en 2026. En copropriété, le compromis doit aussi donner accès à des informations financières et techniques : règlement de copropriété, procès-verbaux d’assemblées générales, montant des charges, fonds travaux, impayés éventuels et travaux votés. Une toiture ou un ravalement déjà voté peut peser plusieurs milliers d’euros pour un copropriétaire.
03 De la négociation à l’acte authentique : le déroulement concret
Le compromis peut être signé chez un notaire, dans une agence immobilière ou sous signature privée. Passer par un notaire dès l’avant-contrat est souvent judicieux lorsque la situation sort de l’ordinaire : indivision, succession, terrain à bâtir, servitude, bien loué, copropriété complexe, achat par une société, séparation ou financement comportant plusieurs prêts. Chaque partie peut choisir son propre notaire : les deux études se partagent les émoluments réglementés sans doubler les frais d’acquisition.
Les six étapes après l’accord sur le prix
- 1
Réunir les documents du bien
Le vendeur transmet titre de propriété, diagnostics, taxe foncière, documents de copropriété et informations sur les travaux. L’acheteur vérifie l’adresse, les surfaces, les annexes, les limites du terrain et les équipements inclus.
- 2
Négocier les clauses utiles
Le prix ne suffit pas. Précisez le financement, le délai pour obtenir le prêt, les meubles éventuellement laissés, la date de disponibilité du logement et toute condition particulière réellement indispensable au projet.
- 3
Signer le compromis et verser le séquestre
La somme prévue est idéalement versée sur le compte séquestre du notaire ou d’un professionnel habilité, plutôt que directement au vendeur. Conservez un exemplaire signé et toutes les annexes remises ce jour-là.
- 4
Laisser courir la rétractation
L’acheteur non professionnel reçoit ou se voit remettre le compromis dans les formes prévues. Son délai de dix jours calendaires commence le lendemain de la première présentation de la notification ou de la remise régulière.
- 5
Obtenir le financement et lever les conditions
L’acheteur dépose rapidement ses demandes de prêt. Le notaire réalise ses vérifications : urbanisme, propriété, hypothèques, droit de préemption, état civil, pièces de copropriété et conformité des documents nécessaires.
- 6
Signer l’acte authentique
Quand les conditions sont réalisées, les fonds sont appelés puis versés au notaire. L’acte est lu et signé, les clés sont généralement remises, puis le notaire assure les formalités de publicité foncière.
| Moment | Délai concret | Action à réaliser |
|---|---|---|
| Signature du compromis | Jour J | Vérifier les clauses, annexes et coordonnées du séquestre |
| Rétractation de l’acheteur | J + 1 à J + 10 calendaires | Notifier la rétractation dans le délai si nécessaire |
| Demandes de prêt | Souvent dans les 7 à 15 jours | Déposer les dossiers selon les critères contractuels |
| Acceptation de l’offre de prêt | À partir du 11e jour après réception | Respecter le délai légal de réflexion de 10 jours |
| Droit de préemption urbain | Jusqu’à 2 mois après la déclaration | Attendre la réponse de la collectivité lorsque ce droit s’applique |
| Acte authentique | Souvent 2 à 3 mois après J | Signer, payer le solde et prendre possession selon le contrat |
Les délais peuvent s’allonger en cas de prêt complexe, de succession, de copropriété, de préemption, de travaux à régulariser ou de pièces manquantes.
04 Dépôt de garantie, frais et sommes à prévoir
Le compromis prévoit souvent un dépôt de garantie, aussi appelé indemnité d’immobilisation dans certains actes. Son montant est librement négocié : dans les transactions courantes, on constate fréquemment 5 % à 10 % du prix de vente, mais il peut être inférieur ou nul. Pour un bien à 300 000 €, cela représente donc couramment 15 000 € à 30 000 €. Cette somme sera imputée sur le prix à payer le jour de la vente définitive.
Le dépôt ne doit pas être confondu avec les frais d’acquisition. Si l’acheteur se rétracte dans les dix jours, les sommes versées doivent lui être restituées. Si une condition suspensive se réalise négativement sans faute de sa part — par exemple un prêt refusé dans les conditions prévues — le dépôt est en principe rendu. En dehors de ces hypothèses, la clause pénale du compromis précise souvent ce qui est dû si l’une des parties n’exécute pas son engagement.
| Poste | Ordre de grandeur constaté | Moment habituel de paiement |
|---|---|---|
| Dépôt de garantie | 0 € à 10 % du prix | À la signature ou dans les jours prévus par le compromis |
| Rédaction du compromis par notaire | Souvent intégrée au dossier ; parfois 200 € à 500 € de frais ou débours | Selon l’étude et le dossier |
| Frais d’acquisition dans l’ancien | Environ 7 % à 8 % du prix | À la signature de l’acte authentique |
| Frais d’acquisition dans le neuf | Environ 2 % à 3 % du prix | À la signature de l’acte authentique |
| Honoraires d’agence | Souvent 3 % à 8 % du prix affiché | Selon le mandat, au moment prévu à l’acte |
| Frais de courtage | Environ 1 000 € à 3 000 € ou un pourcentage convenu | Selon la convention de courtage |
Montants indicatifs constatés en France en 2026. Les frais d’acquisition comprennent majoritairement des taxes et contributions, et non la seule rémunération du notaire.
05 Rétractation, annulation et conséquences si la vente échoue
Pour l’achat d’un logement par un acquéreur non professionnel, le Code de la construction et de l’habitation accorde un délai de rétractation de dix jours calendaires. Il commence le lendemain de la première présentation de la lettre recommandée notifiant le compromis, ou de sa remise régulière. Pour se rétracter, l’acheteur adresse une notification écrite dans les temps ; il n’a pas à expliquer son choix. Les sommes versées doivent être restituées dans les 21 jours suivant le lendemain de cette rétractation.
Le vendeur, lui, ne bénéficie pas de ce droit légal de rétractation. Après la période de l’acheteur, la vente peut ne pas aboutir si une condition suspensive prévue au contrat échoue : refus de prêt, exercice d’un droit de préemption, non-obtention d’un permis, vente préalable d’un autre bien lorsque cette condition a été acceptée. Le compromis doit dire clairement jusqu’à quelle date la condition doit être réalisée et comment prouver son échec.
Si l’acheteur renonce simplement parce qu’il a changé d’avis après le délai, ou si le vendeur vend finalement à quelqu’un d’autre, le litige peut devenir sérieux. Une clause pénale fixe souvent une indemnité autour de 5 % à 10 % du prix, mais son application dépend des circonstances et du contrat. Le juge peut notamment apprécier la situation et modérer une pénalité manifestement excessive. Ne considérez jamais le dépôt comme le prix automatique d’une sortie du contrat.
06 Les pièges fréquents et les vérifications avant signature
Le piège le plus courant consiste à signer sous pression, après une visite trop brève, en se disant que les détails seront réglés plus tard. Or le compromis est précisément l’endroit où ces détails deviennent opposables. Une place de stationnement annoncée oralement, un poêle laissé dans le logement, la date de libération, la prise en charge d’un mur à reconstruire ou la condition liée à la revente de votre logement doivent être écrits.
Visitez une dernière fois si possible, idéalement à un horaire différent, testez les éléments accessibles et comparez la réalité aux diagnostics. Pour une maison, contrôlez les limites du terrain, l’accès, les servitudes, l’assainissement et les autorisations des extensions. Pour une copropriété, lisez au moins les trois derniers procès-verbaux d’assemblée générale : ils révèlent souvent des travaux, conflits, impayés ou restrictions d’usage qui ne se voient pas pendant la visite.
Checklist à utiliser avant de parapher le compromis
- Le prix net vendeur, les honoraires d’agence et leur payeur sont indiqués séparément.
- Chaque annexe achetée est écrite : cave, parking, grenier, jardin, cellier ou dépendance.
- Le montant, la durée et le taux maximal du prêt correspondent à votre plan de financement réaliste.
- La date limite de la condition de prêt laisse un délai suffisant pour déposer et instruire les demandes.
- Les diagnostics obligatoires sont remis et l’audit énergétique est présent lorsqu’il s’applique.
- Les travaux votés, appels de fonds, charges et impayés sont connus en copropriété.
- La date de remise des clés et le sort des meubles ou équipements laissés sont précisés.
- Le dépôt est versé sur un compte séquestre identifié, avec un reçu ou une preuve de virement.
- Les signatures de tous les propriétaires, indivisaires ou représentants habilités sont réunies.
- Vous disposez d’un exemplaire complet du compromis et de toutes ses annexes datées.
07 Après la signature : garder les preuves et préparer l’acte définitif
Dès la signature, classez dans un même dossier le compromis, ses annexes, les échanges avec le notaire, les demandes de prêt, les refus éventuels et les justificatifs de virement. Ces pièces démontrent le respect des délais et des conditions. Ne cessez pas de suivre le dossier : une banque peut réclamer des documents actualisés, le notaire peut demander une procuration, et des informations nouvelles peuvent apparaître sur la copropriété ou l’urbanisme.
Avant l’acte authentique, demandez le décompte prévisionnel de l’étude notariale, vérifiez l’assurance emprunteur et l’assurance habitation à la date de remise des clés, puis organisez l’état des compteurs. Une visite de courtoisie juste avant la signature permet de constater que le logement est bien dans l’état convenu et qu’aucun équipement promis n’a disparu. Après l’acte, conservez l’attestation de propriété puis le titre publié : ils seront utiles lors d’une revente, d’une succession ou d’un sinistre.
Questions fréquentes
Le compromis de vente est-il obligatoire avant l’acte chez le notaire ?
Non, la vente peut juridiquement être conclue directement par acte authentique si les parties et le dossier sont prêts. Dans les faits, le compromis est très fréquent car il fixe le prix, les conditions de prêt, le délai et les vérifications à effectuer. Il sécurise la période de deux à trois mois souvent nécessaire avant la signature définitive.
Peut-on signer un compromis de vente sans notaire ?
Oui, un compromis sous signature privée peut être valable s’il contient les éléments nécessaires et respecte les règles applicables. Cette solution est cependant risquée pour un dossier complexe. Le notaire vérifie notamment le titre de propriété, les servitudes, la copropriété, l’urbanisme et les formalités. Pour une succession, une indivision ou un terrain, son intervention dès l’avant-contrat est fortement prudente.
Quelle est la différence entre un acompte et un dépôt de garantie ?
Dans une vente immobilière, le terme le plus approprié est dépôt de garantie ou somme séquestrée. Il s’agit d’une avance imputée sur le prix final, généralement conservée par un notaire ou un professionnel habilité. Elle est restituée en cas de rétractation régulière ou d’échec légitime d’une condition suspensive. Son montant n’est pas imposé par la loi.
L’acheteur peut-il se rétracter après les dix jours ?
Après les dix jours, l’acheteur ne peut plus renoncer librement simplement parce qu’il change d’avis. Il peut toutefois ne pas poursuivre si une condition suspensive valable n’est pas réalisée, par exemple un refus de prêt conforme aux caractéristiques prévues. Hors de ce cadre, il s’expose à la clause pénale et, selon le dossier, à un litige avec le vendeur.
Que se passe-t-il si la banque refuse le prêt immobilier ?
Si le compromis comporte une condition suspensive de prêt et que vos demandes respectent les montants, durée, taux et délais prévus, le refus de prêt permet normalement de mettre fin à la vente sans pénalité. Il faut transmettre les justificatifs demandés au notaire ou au vendeur dans les délais. Un refus provoqué par une demande volontairement non conforme peut soulever une contestation.
Le vendeur peut-il annuler un compromis de vente ?
Le vendeur ne dispose pas du délai légal de rétractation accordé à l’acheteur non professionnel. Il peut sortir du contrat si une condition suspensive prévue ne se réalise pas ou si les parties concluent un accord écrit pour y mettre fin. S’il refuse sans motif après un compromis valable, l’acheteur peut demander réparation et, dans certains cas, l’exécution de l’engagement.
Pour aller plus loin — sources et références
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