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Insectes pollinisateurs : ce qu’ils apportent à nos cultures

Abeilles sauvages, bourdons, syrphes et papillons assurent une part décisive de nombreuses récoltes. Comprendre leur rôle permet de mieux choisir ses plantations, ses pratiques et les actions à soutenir.

La rédaction de TIC Migrations

Publié le · Mis à jour le

13 min de lecture
Bourdon butinant une fleur violette dans une parcelle agricole en pleine floraison
Bourdon butinant une fleur violette dans une parcelle agricole en pleine floraison

L'essentiel en 4 points

  • La pollinisation animale améliore le rendement, la forme et la qualité de nombreuses cultures fruitières, oléagineuses et légumières.
  • Les abeilles domestiques ne remplacent pas les centaines d’espèces sauvages, souvent plus efficaces sur certaines fleurs.
  • Une succession de fleurs locales, des abris sobres et moins de pesticides créent un habitat utile durablement.
  • Pour les agriculteurs, haies, bandes fleuries et réduction des traitements demandent une stratégie adaptée à chaque exploitation.

Un pommier couvert de fleurs peut donner peu de fruits, des fraises petites ou des courgettes mal formées si le pollen circule mal. Le sol, l’eau et la variété comptent, mais la visite d’insectes entre les fleurs constitue souvent l’étape qui transforme une floraison en récolte.

Cette fonction ne repose pas seulement sur l’abeille domestique et son miel. Bourdons, abeilles solitaires, syrphes, papillons, coléoptères et parfois papillons de nuit transportent du pollen, chacun à ses heures, selon sa morphologie et selon la fleur. Leur diversité est une assurance face aux aléas climatiques et aux périodes de floraison.

Savoir ce que font réellement les insectes pollinisateurs aide à distinguer les cultures qui en dépendent fortement de celles que le vent féconde, à éviter les faux bons gestes au jardin et à comprendre les choix agricoles ou réglementaires qui protègent — ou fragilisent — les récoltes futures.

01 La pollinisation : le passage discret entre fleur et récolte

La pollinisation correspond au transport de grains de pollen depuis les organes mâles d’une fleur vers ses organes femelles. Si la fécondation se réalise, la fleur peut former un fruit et, surtout, des graines. Chez beaucoup de plantes cultivées, le vent suffit en partie ; chez d’autres, le déplacement actif d’un insecte est beaucoup plus efficace, car il touche précisément les structures florales.

Tous les visiteurs ne font pas le même travail

L’abeille domestique, Apis mellifera, visite beaucoup de fleurs et peut être déplacée en ruches. Les bourdons volent plus volontiers par temps frais, couvert ou venteux et font vibrer certaines fleurs pour en extraire le pollen. Les abeilles sauvages, souvent solitaires, ont des périodes d’activité variées. Les syrphes, qui ressemblent à des petites guêpes inoffensives, apportent aussi un service complémentaire ; leurs larves consomment fréquemment des pucerons.

Principaux pollinisateurs et intérêt pour les cultures
GroupePériode ou condition d’activitéAtout pour la pollinisation
Abeille domestiqueEnviron mars à octobreGrand nombre de visites, colonies gérées
BourdonDès 8 à 10 °C selon l’espèceActif par temps frais, efficace sur tomates et petits fruits
Abeille sauvage solitaireSouvent 4 à 8 semaines par anTransport de pollen très ciblé sur certaines fleurs
SyrpheDu printemps à l’automnePollinisation complémentaire et larves prédatrices de pucerons
Papillon et papillon de nuitJour ou crépuscule selon l’espèceAccès à des fleurs tubulaires ou nocturnes
ColéoptèreSurtout au printemps et en étéVisite de fleurs ouvertes, rôle local parfois notable

Périodes indicatives pour la France métropolitaine : elles avancent ou s’allongent dans les zones méditerranéennes et les outre-mer.

Plus de 75 % des types de cultures alimentaires mondiales bénéficient au moins en partie de la pollinisation animale, selon l’IPBES
Environ 35 % du volume mondial des productions végétales est associé à des cultures dépendant de cette pollinisation, à des degrés variables
2 h / 3 h fenêtre horaire réglementée autour du coucher du soleil pour certains usages autorisés de produits pendant la floraison

02 Quelles cultures dépendent le plus des insectes ?

Les céréales telles que le blé, le riz ou le maïs sont principalement pollinisées par le vent : elles ne doivent pas être confondues avec les cultures très dépendantes des insectes. À l’inverse, de nombreux fruits, légumes produisant une graine, oléagineux et cultures à graines tirent un bénéfice net d’une pollinisation animale abondante et diversifiée. Ce bénéfice porte autant sur la quantité que sur le calibre, la régularité ou le nombre de graines.

Dépendance pratique de cultures courantes à la pollinisation animale
CultureFloraison habituelleRôle des insectesConséquence d’un déficit
Pommier, poirier, cerisierMars à maiTrès fort pour une bonne nouaisonMoins de fruits et calibre irrégulier
Fraise, framboise, myrtilleAvril à juilletFort, avec effet sur la formeFruits déformés ou moins charnus
Courgette, melon, courgeJuin à septembreEssentiel entre fleurs mâles et femellesJeunes fruits avortés ou mal formés
TournesolJuillet à aoûtAméliore la fécondation des capitulesGraines moins nombreuses ou moins homogènes
ColzaAvril à maiComplémentaire à l’autopollinisation et au ventPotentiel de siliques ou de graines réduit
Blé, maïsMai à juilletRôle limité dans la fécondationLa pollinisation dépend surtout du vent

Le niveau réel dépend de la variété, de la météo, du paysage voisin et de la présence d’autres pollinisateurs pendant la floraison.

Pour le consommateur, l’enjeu se retrouve dans le panier : pommes, cerises, amandes, melons, courgettes, tomates, cacao ou café sont liés, à des degrés très différents, au travail des pollinisateurs. La valeur ne se mesure donc pas seulement en tonnes. Une fécondation complète peut améliorer la symétrie d’un fruit, sa tenue, son poids et le nombre de graines dont dépend la génération suivante.

  • Les fleurs ouvertes tôt au printemps ont besoin d’insectes actifs dès les premières journées douces : les saules et les arbres fruitiers jouent alors un rôle clé.
  • Les cucurbitacées demandent des visites rapprochées, car leurs fleurs ne restent souvent pleinement fonctionnelles qu’une courte période.
  • Une seule espèce de pollinisateur ne couvre pas tous les besoins : les distances de vol, tailles de langue et horaires d’activité diffèrent.
  • La présence de fleurs sauvages autour d’une parcelle peut soutenir les insectes avant et après la floraison de la culture.

03 Pourquoi ces auxiliaires reculent et ce que le droit encadre

Le recul des pollinisateurs n’a pas une cause unique. La disparition des haies, prairies, friches fleuries et talus réduit la nourriture disponible entre deux cultures. Les pesticides peuvent exposer les insectes directement ou indirectement. S’ajoutent les parasites et maladies, l’artificialisation des sols, les espèces exotiques envahissantes, les sécheresses et les décalages entre la sortie des insectes et la floraison.

  • Une floraison abondante sur trois semaines ne nourrit pas une colonie ou une population sauvage du début du printemps à l’automne.
  • Une pelouse tondue très court et très souvent offre peu de nectar, peu de pollen et presque aucun abri de nidification.
  • Les ruches installées sans réflexion dans un espace pauvre en fleurs peuvent augmenter la compétition alimentaire avec les abeilles sauvages.
  • Un traitement appliqué en respectant mal l’étiquette peut exposer les insectes qui visitent une culture ou les fleurs spontanées voisines.

Un cadre français exigeant, mais à lire produit par produit

En France, les produits phytopharmaceutiques doivent disposer d’une autorisation de mise sur le marché, délivrée après évaluation par l’ANSES. L’arrêté du 20 novembre 2021 encadre l’usage des produits phytopharmaceutiques et biocides pendant les périodes de floraison ou de production d’exsudats. Pour certains produits autorisés sous conditions, les applications sont limitées à la plage allant de deux heures avant le coucher du soleil à trois heures après ; l’étiquette, les mentions de danger et les conditions d’autorisation priment toujours.

04 Agir chez soi : des fleurs sur toute la saison, pas seulement en été

Le geste le plus utile dans un jardin, une cour, un balcon ou au pied d’un immeuble consiste à fournir une ressource continue. Un massif fleuri uniquement en juillet ne résout pas le manque de nourriture de mars-avril, quand les reines de bourdons fondent leur colonie, ni celui de septembre-octobre, quand beaucoup d’insectes constituent leurs réserves. Les plantes locales ou adaptées au climat ont aussi l’avantage de mieux correspondre aux insectes du territoire.

Créer un refuge pollinisateurs en une saison

  1. 1

    Observer avant de planter

    Repérez durant une semaine les zones ensoleillées, les périodes d’ombre, le vent et les floraisons existantes. Un balcon de 1 m² peut accueillir plusieurs pots ; un jardin peut réserver 5 à 20 m² de pelouse à une zone moins tondue.

  2. 2

    Composer une succession de fleurs

    Associez des floraisons de mars à octobre : saule ou fruitier au printemps, thym et trèfle au printemps, origan ou vipérine en été, lierre en automne. Préférez des fleurs simples, dont le cœur reste accessible.

  3. 3

    Installer des plantes en groupes

    Rassemblez trois à sept plants d’une même espèce plutôt que de les disperser. Une masse florale plus visible limite les trajets de recherche et permet aux insectes de se nourrir efficacement sur un petit espace.

  4. 4

    Laisser des sols et tiges disponibles

    Gardez une petite zone de terre nue, sèche et non paillée : beaucoup d’abeilles sauvages y creusent leur nid. Conservez aussi quelques tiges creuses ou fanées jusqu’à la fin de l’hiver, hors des zones de passage.

  5. 5

    Prévoir une eau sans piège

    Une soucoupe peu profonde, garnie de cailloux affleurants et renouvelée tous les deux à trois jours en été, permet de boire sans se noyer. Évitez les récipients profonds et les eaux stagnantes.

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    Évaluer puis ajuster

    Observez les visiteurs entre avril et septembre, sans chercher à les manipuler. Si une période reste sans fleurs, ajoutez l’année suivante une espèce qui fleurit à ce moment-là plutôt qu’un nouveau dispositif décoratif.

Choisir, entretenir et remplacer sans créer de problème

Un mélange de graines à bas prix, souvent vendu entre 5 et 15 €, peut fleurir vite mais contenir des espèces peu adaptées au territoire ou des plantes horticoles très sélectionnées. Pour un résultat plus durable, achetez chez un pépiniériste des vivaces identifiées, idéalement d’origine locale lorsqu’elles sont disponibles, à raison de 4 à 10 € environ le godet. Arrosez la première année, puis adaptez l’entretien à la sécheresse plutôt que de maintenir une végétation artificiellement luxuriante.

Calendrier simple de floraisons à rechercher
PériodeExemples de plantesEntretien utile
Mars-avrilSaule, prunellier, pulmonaire, pissenlitNe pas tondre les zones fleuries
Mai-juinTrèfle, thym, bourrache, sainfoinArroser seulement les jeunes plantations
Juillet-aoûtOrigan, vipérine, centaurée, lavande non stérileTailler légèrement après floraison si nécessaire
Septembre-octobreLierre, lierre terrestre, asters adaptésConserver les dernières fleurs jusqu’aux premiers froids
Novembre-févrierTiges sèches, haies et sol nu préservésReporter le grand nettoyage à la fin de l’hiver

Les espèces adaptées diffèrent entre Bretagne, montagne, Méditerranée et outre-mer : renseignez-vous auprès d’une pépinière locale ou d’une association naturaliste territoriale.

05 Dans les champs et les communes : restaurer un paysage nourricier

À l’échelle d’une exploitation, une parcelle fleurie isolée reste utile mais insuffisante si les insectes ne trouvent plus ni nourriture ni abris dans un rayon de quelques centaines de mètres. Haies diversifiées, bandes enherbées, prairies, fossés végétalisés et bordures de champs permettent aux populations de se maintenir avant, pendant et après la culture. La réduction des traitements repose, elle, sur l’observation, les seuils d’intervention, le choix variétal et la lutte intégrée.

Avant un achat, un aménagement ou une intervention

  • Vérifier qu’il existe des fleurs du début du printemps jusqu’à l’automne, pas seulement pendant les vacances d’été.
  • Choisir des plantes non invasives et adaptées au sol, à l’exposition et au climat local.
  • Lire l’étiquette complète de tout produit de traitement, y compris ceux présentés comme naturels ou utilisables au jardin.
  • Éviter d’installer des ruches si le secteur manque déjà de ressources florales ou abrite des espèces sauvages sensibles.
  • Prévoir qui arrosera, fauchera ou remplacera les plantes durant les deux premières années.
  • Pour un terrain agricole, demander les aides, contraintes et engagements applicables avant de signer ou de semer.

Les communes peuvent agir sans transformer chaque espace vert en prairie haute : fauche tardive sur une partie des surfaces, mosaïque de hauteurs d’herbe, plantation d’arbustes indigènes, gestion des bords de route et désimperméabilisation sont compatibles avec la sécurité et les usages. Pour une ferme, les aides de la PAC et certaines mesures agroenvironnementales peuvent financer des changements, mais les montants, cahiers des charges et dates d’engagement varient selon la région et la campagne concernée.

06 Abeilles domestiques ou pollinisateurs sauvages : ne pas choisir un faux duel

L’apiculture produit du miel, participe à certaines pollinisations et soutient un métier agricole. Elle ne doit pourtant pas devenir l’unique réponse à la baisse des insectes. Les abeilles domestiques vivent en colonies nombreuses, tandis que la plupart des abeilles sauvages vivent seules et ont des besoins de nidification spécifiques. Dans un milieu pauvre, multiplier les ruches peut accroître la concurrence pour le nectar et le pollen.

Deux contributions complémentaires, deux besoins différents

AAbeilles domestiques

  • Colonies gérées par un apiculteur, production possible de miel et de cire.
  • Déplacement de ruches envisageable pour certaines cultures, avec suivi sanitaire.
  • Besoins importants en ressources florales lorsque les colonies sont nombreuses.
  • Ne représentent qu’une partie des insectes capables de polliniser.

BPollinisateurs sauvages

  • Bourdons, abeilles solitaires, syrphes, papillons et coléoptères, sans élevage pour la plupart.
  • Diversité d’horaires, de tailles et de comportements de butinage.
  • Dépendent des haies, sols, tiges, cavités et fleurs présentes localement.
  • Demandent une protection de l’habitat plutôt qu’une simple installation de ruches.

Faire durer les aménagements et suivre ce qui fonctionne

Un refuge utile s’entretient avec retenue. Fauchez une partie de la végétation à l’automne ou à la fin de l’hiver, jamais toute la surface au même moment ; laissez les tiges restantes jusqu’aux derniers froids ; remplacez les plantes qui échouent par des espèces plus adaptées plutôt que d’augmenter l’arrosage. Un carnet de floraison, avec les dates et les insectes observés sur dix minutes, permet de repérer les creux alimentaires d’une année sur l’autre.

Protéger les pollinisateurs consiste moins à ajouter un objet qu’à conserver, mois après mois, de la nourriture, des abris et des zones sans perturbation.

Questions fréquentes

Les abeilles sont-elles les seules à polliniser les cultures ?

Non. Les abeilles domestiques ne sont qu’un groupe parmi de nombreux pollinisateurs. Bourdons, abeilles solitaires, syrphes, papillons, coléoptères et certains insectes nocturnes participent au transport du pollen. Leur complémentarité est utile : un bourdon peut sortir par temps frais, tandis qu’une autre espèce sera active plus tard ou visitera une fleur d’une forme différente.

Quelles cultures souffrent le plus d’un manque de pollinisateurs ?

Les arbres fruitiers, les petits fruits, les cucurbitacées comme la courgette et le melon, ainsi que le tournesol figurent parmi les cultures où les insectes apportent beaucoup. Le déficit peut se traduire par moins de fruits, une forme irrégulière ou moins de graines. Le blé et le maïs, principalement pollinisés par le vent, sont beaucoup moins concernés.

Installer une ruche dans mon jardin aide-t-il forcément la biodiversité ?

Pas forcément. Une ruche peut soutenir une colonie d’abeilles domestiques, mais elle ne remplace pas les habitats des espèces sauvages. Dans un quartier peu fleuri, elle peut même augmenter la concurrence alimentaire. Avant d’envisager une ruche, privilégiez des floraisons étalées, des zones de sol nu et des abris naturels ; rapprochez-vous aussi d’un apiculteur ou d’un syndicat local.

Quel est le geste le plus efficace sur un petit balcon ?

Installez plusieurs pots de plantes à fleurs simples, avec des floraisons échelonnées entre le printemps et l’automne. Un budget de 25 à 50 € permet généralement d’acheter quatre à six godets et des contenants adaptés. Évitez les insecticides, laissez quelques tiges sèches en hiver et placez une soucoupe d’eau peu profonde avec des cailloux pour éviter les noyades.

Un hôtel à insectes doit-il être nettoyé chaque année ?

Un hôtel ne doit pas être démonté ni nettoyé systématiquement : des larves ou nymphes peuvent y passer l’hiver. Les modèles très denses et mal protégés de la pluie favorisent parfois parasites et moisissures. Il vaut mieux proposer plusieurs petits abris espacés, orientés est ou sud-est, et surtout conserver du bois mort, des tiges et une zone de sol nu à proximité.

Les produits naturels sont-ils sans danger pour les pollinisateurs ?

Non. L’origine naturelle d’un produit ne garantit ni son innocuité ni son autorisation sur une culture donnée. Tout produit de traitement doit être utilisé conformément à son étiquette et à son autorisation de mise sur le marché. Si une intervention est nécessaire sur une culture professionnelle ou dans une copropriété, demandez conseil à un professionnel compétent avant toute application.

Pour aller plus loin — sources et références

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